Poire Abate

Abate

L’abbé Fétel découvrit fortuitement cette poire en 1866. En effet, cette trouvaille eut lieu dans les vergers de Chessy-les-Mines, dans le Rhône. Dès lors, les arboriculteurs français l’adoptèrent massivement grâce à sa forme allongée, sa chair fondante et son goût délicatement sucré qui rencontra un vif succès. Par ailleurs, ses excellentes qualités de conservation séduisirent rapidement les marchés, permettant ainsi à la distribution de passer du niveau local au national.

Par la suite, les producteurs italiens s’y intéressèrent également. Plus précisément, ceux de la plaine du Pô en firent un produit phare sous l’appellation « Abate », si bien que les cultivateurs transalpins lui consacrent actuellement une part essentielle, représentant près de 40% de leur production nationale. Parallèlement, en France, la culture se perpétue notamment dans les vergers rhônalpins où les méthodes traditionnelles préservent un savoir-faire ancestral transmis de génération en génération.

Aujourd’hui encore, les chefs étoilés la plébiscitent pour son équilibre parfait entre sucrosité et acidité, ainsi que pour sa grande polyvalence culinaire. D’ailleurs, les consommateurs l’apprécient tout particulièrement, que ce soit nature ou dans des desserts raffinés, pour sa texture fondante remarquable.

QUALITE GUSTATIVE

  • Fruit : très gros, de forme allongée. Poids moyenne 200 à 300 g, 8cm de diamètre
  • Peau : jaune/bronzée, rugueuse, fine, rose à l’ensoleillement
  • Chair : blanche, sucrée, douce, juteuse, fondante et légèrement musquée
  • Qualité: parfum légèrement musqué puissant et savoureux

FLORAISON ET CUEILLETTE

  • Floraison : moyennement précoce, de mars à avril, éviter les situations gélives ou ventées, fleurs blanches
  • Cueillette :fin septembre/début octobre, cueillir la poire quand elle est ferme et encore un peu verte et la laisser murir à température ambiante.
  • Durée de conservation :3 à 4 mois de conservation (très longue), jusqu’en janvier en chambre froide, fruit sensible au la chaleur et à la manipulation. Ne pas les entasser.

RESISTANCE ET SENSIBILITE

  • Variété de vigueur faible à moyenne, production abondante et un peu alternante. Peu sensible à la tavelure. Sensible au feu bactérien.
  • Autostérile, son pollinisateur le plus apprécié est la variété Beurré Hardy ou Guyot. La variété n’aime pas les sols trop calcaires.
  • Rustique et résistante aux froids hivernaux (-30°C). Plante mellifère.

PORTE GREFFE

  • BA29 ou cognassier de Provence (vigueur moyenne)
  • Mise à fruits à partir des 3-5 ans de l’arbre
  • Hauteur maximale (environ 3 m 50)

Usages : fruit de table, salades, sirop, pâtisseries, clafoutis, fromages, confitures, compotes…

Disparition des anciennes variétés

verger fruitiers

Au début du XXe siècle, les habitants cultivent de petites exploitations où ils élèvent vaches, cochons, volailles et lapins, tout en pratiquant la polyculture. En effet, les arbres fruitiers jouent alors un rôle vital : ils assurent la survie des régions et maintiennent l’équilibre alimentaire et économique des familles. Pour s’adapter au terroir et aux usages locaux, ils sélectionnent des espèces spécifiques : pommes à couteau, à cidre ou à cuire, poires à couteau ou à distiller. Lorsque les arbres vieillissent, ils leur offrent une seconde vie en les transformant en bois d’œuvre ou de chauffage.

Une partie des fruits alimente un commerce actif dans les villes voisines comme Lyon, Chambéry ou Grenoble. Grâce à des trajets courts, une grande diversité de fruits, notamment des pommes et des poires, parvient sur les marchés urbains.

À partir de 1935-1940, l’amélioration des transports ferroviaires permet d’exporter des pommes vers l’Afrique du Nord. Pour répondre à cette demande, les cultivateurs sélectionnent et plantent des variétés résistantes au transport.

Cependant, dans les années 1960, la démocratisation des échanges met fin aux exportations vers l’Afrique du Nord. Dès lors, les producteurs se tournent vers des variétés modernes cultivées intensivement en vergers basse-tige. Faute de débouchés, les pommes locales perdent leur place, et les agriculteurs arrachent les pommiers, encouragés par des primes à l’arrachage. Peu à peu, les arbres fruitiers isolés, abandonnés, se couvrent de gui. Avec l’exode rural, l’arboriculture familiale décline, emportant avec elle les traditions fruitières. Seuls subsistent quelques vergers intensifs plantés de variétés modernes.